12.09.2008 | Marko Mihkelson | English news
The article is co-written by the Chairmen of the European Union Affaires Committees of the Seimas of Lithuania, Riigikogu of Estonia and Saeima of Latvia - Andrius Kubilius, Marko Mihkelson and Vaira Paegle. Please find the original English version below.
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Andrius Kubilius président du comité sur les affaires européennes au Seimas (1) de Lituanie, Marko Mihkelson président du comité sur les affaires européennes au Riigikogu (1) d'Estonie et Vaira Paegle présidente du comité sur les affaires européennes à la Saeima (1) de Lettonie.
C'est à la suite de l'invasion combinée soviéto-nazie de la Pologne, en octobre 1939, que Winston Churchill fit cette saillie décrivant la Russie, depuis restée dans les annales : «Une devinette enveloppée dans un mystère à l'intérieur d'une énigme.» Ce qui a pu être vrai au début de la Seconde Guerre mondiale a cessé de l'être avec la défaite du nazisme, lorsque le dessein de Staline pour l'Europe devint douloureusement clair et que les pays d'Europe de l'Est ont vu, l'un après l'autre, leur indépendance et leur démocratie succomber à la tyrannie soviétique. Churchill lui-même fut l'un des premiers à le comprendre, lorsque, en 1946, il invoqua la métaphore du «rideau de fer» pour décrire la division de l'Europe par la force. Aujourd'hui, certains se prétendent toujours perplexes face à l'attitude de la Russie et encouragent l'Europe à faire preuve de patience dans ses échanges avec Moscou. En fait, il n'y a rien de mystérieux dans l'attaque militaire brutale de la Russie en Géorgie, et rien ne peut justifier que l'on continue d'ignorer les véritables intentions de la Russie en Europe de l'Est. La posture nationaliste du Kremlin présente une menace réelle pour nos valeurs européennes.
Dans le contexte de l'histoire troublée de l'Europe, le système institutionnel européen moderne est une réussite extraordinaire. Après des siècles d'autocratie, de rivalité et de guerres, nous avons uni la majeure partie de notre continent dans la paix, la prospérité et la démocratie. L'Union européenne est la pièce maîtresse de ce système qui compte aussi le Conseil de l'Europe et l'Otan. Ces organisations sont à la fois l'expression et le garant de nos valeurs européennes essentielles qui incluent, le respect de l'Etat de droit, le rejet de la guerre comme instrument de politique entre leurs membres et le droit à l'autodétermination démocratique pour chaque nation en Europe.
Ce grand accomplissement historique fait désormais face à une provocation sérieuse et directe de la part d'un pays déterminé à réintroduire les techniques mêmes d'intrigues de pouvoir que nous avons cherché à bannir. Vladimir Poutine et l'élite russe au pouvoir ne partagent aucun de nos principes fondamentaux. Pour cette élite, la société ouverte et notre adhésion pleine et entière à la démocratie sont autant de signes de décadence et de faiblesse. Cette élite rejette aussi l'idée que les relations entre Etats puissent être arbitrées pacifiquement dans le cadre de la loi, plutôt que par le pouvoir et la coercition. Elle rejette le principe d'égalité souveraine entre Etats et cherche à le remplacer par un ordre néo-impérialiste reconnaissant la prééminence de la Russie au sein d'une sphère d'influence reconstituée.
Beaucoup d'Européens comprennent cette situation mais se confortent dans l'idée que les ambitions de la Russie sont limitées à son voisinage immédiat ; principalement les anciens pays soviétiques que sont la Géorgie et l'Ukraine. Or, toute analyse sérieuse du comportement russe au cours des dernières années démontre que le Kremlin aspire à créer une sphère d'influence s'étendant bien au-delà de ses pays frontaliers pour inclure ceux qui font déjà partie de l'UE et de l'Otan. Parmi les exemples de cette intimidation économique et diplomatique déployée contre d'autres pays, nous connaissons ceux de la Géorgie et de l'Ukraine, mais les mêmes techniques de coercition ont été utilisées contre un groupe plus vaste de pays européens ayant eu la témérité de défier Moscou.
La Lituanie subit un embargo pétrolier depuis deux ans parce qu'elle refuse de vendre sa raffinerie de pétrole Mazeikiu Nafta à une entreprise russe. L'Estonie a fait l'expérience d'une campagne concertée de cyberterrorisme après avoir décidé de déplacer un mémorial de guerre soviétique. La Pologne est menacée par des armes nucléaires pour avoir coopéré au projet de défense antimissile américain. Même le Royaume-Uni voit ses investissements énergétiques et ses projets culturels passer dans la ligne de mire sous prétexte qu'il est l'hôte d'une nouvelle génération de dissidents russes - l'un d'entre eux ayant été tué sur le sol britannique.
Cette logique de comportements a pour objectif ultime de désorganiser et de subordonner le système européen lui-même. Les responsables russes sont assez intelligents pour savoir qu'ils ne peuvent construire leur nouvelle sphère d'influence par consentement. Aussi longtemps que l'Union européenne et l'Otan continueront d'attirer les pays frontaliers de la Russie avec la promesse de prospérité, de sécurité et de démocratie, le Kremlin verra son emprise impériale menacée. Il cherche par conséquent à diviser l'Europe en créant des relations de dépendance et de domination - utilisant les approvisionnements énergétiques comme principales armes - de façon à asseoir lui-même sa prééminence.
Le but stratégique du Kremlin n'est rien moins que la finlandisation de tout le continent. La réponse de l'Europe doit être une détermination nouvelle pour achever l'unification démocratique de notre continent. Il est urgent que l'Europe étudie les étapes nécessaires pour désamorcer l'arme énergétique russe et poser les bases d'une relation équilibrée fondée sur le commerce et la diplomatie plutôt que sur la coercition et le contrôle monopolistique. Elle doit réaffirmer sa croyance au droit de toute nation européenne à l'autodétermination démocratique en ouvrant les portes de l'Union européenne et de l'Otan à tous les pays européens qui remplissent les critères nécessaires et qui veulent les rejoindre. Mesurons le risque qu'il y a à se soumettre à l'intimidation et au chantage d'un gouvernement russe résolu à saper nos plus importants accomplissements européens. Plus la logique impériale connaît de succès, plus grand est son appétit de succès. Il y a désormais bien plus en jeu que l'avenir de l'Ossétie du Sud, ou même de la Géorgie.
(1) Assemblée parlementaire.
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In October 1939, following the Nazi-Soviet invasion of Poland, Winston Churchill offered his famous description of Russia as "a riddle, wrapped in a mystery, inside an enigma". What may have been true at the outbreak of the Second World War ceased to be so following the defeat of Nazism as Stalin's design for Europe became painfully clear and the independence and democracy of one Eastern European country after another succumbed to Soviet tyranny. Churchill himself was among the first to realise this in 1946 when he invoked the metaphor of the "iron curtain" to describe the division of Europe by force.
Today there are those who still claim to be puzzled by Russia's behaviour and urge caution and patience in Europe's dealings with Moscow. But there was nothing mysterious or enigmatic about Russia's brutal military attack on Georgia and there can be no excuse for continuing to ignore the reality that its intentions in Eastern Europe are once again aggressive and domineering. There are differences as well as points of comparison with the Cold War era. The Kremlin is no longer the standard bearer of an ideology with pretensions to global supremacy. Russia is also militarily weaker than it was in the days when its tank divisions lined up along the inner-German border. But the Kremlin's nationalistic and chauvinistic posture nevertheless poses a very real menace to our European way of life and it is time we grappled honestly with the implications.
In the context of our history, the modern European state system is an extraordinary achievement. After centuries of autocracy, rivalry and war, we have united most of our continent in peace, prosperity and democracy. We have done this within a network of rules and bodies that protects the rights of all nations while institutionalising cooperation between them. The European Union is the centrepiece of this system, of which the Council of Europe and NATO must also count as vital components. These organisations are both the expression and guarantor of our essential European values, the most important of which include respect for the rule of law, the rejection of war as an instrument of policy between its members and the right of democratic self-determination for every nation in Europe.
The importance of the war against Georgia is that it lays bare what should already have been obvious: that this great historical achievement now faces a serious and direct challenge from a country determined to reintroduce the very techniques of power politics we have consciously sough to banish. Vladimir Putin and the Russian governing elite share none of our assumptions about how the European system ought to be structured. It dismisses our embrace of democracy and the open society as signs of decadence and weakness. It rejects the idea that inter-state relations should be mediated peacefully within a framework of law, rather than by power and coercion. Most significantly, it rejects the principle of sovereign equality and seeks to replace it with a neo-imperial order that recognises Russia's pre-eminence within a reconstituted sphere of influence.
Many Europeans understand this point, but comfort themselves with the idea that Russia's ambitions are limited to its immediate vicinity; mainly the former Soviet states of Georgia and Ukraine. This is a dangerous misreading of the situation. Any serious analysis of Russian behaviour in recent years demonstrates that the Kremlin aspires to a sphere of influence extending well beyond the exposed and institutionally detached countries on its borders to include countries that are already part of the EU and NATO. We are familiar with examples of economic and diplomatic intimidation used against Georgia and Ukraine, but the same techniques of coercion have been used against a much broader range of European countries that have had the temerity to defy Moscow.
Lithuanian has suffered an oil embargo for two years because it refused to sell its Majeikiu Nafta oil refinery to a Russia company. Estonia experienced a concerted Russian campaign of cyber-terrorism after it decided to move a Soviet war memorial. Poland has been threatened with nuclear weapons for cooperating with America's missile defence project. Even the United Kingdom has had energy investments and cultural projects targeted for playing host to a new generation of Russian dissidents, one of whom was murdered on British soil.
These are not isolated incidents, but part of a consistent pattern of behaviour that departs deliberately and aggressively from European norms. The ultimate objective is to disrupt and subordinate the European system itself. Russian leaders are clever enough to know that they cannot build their new sphere of influence by consent. As long as the EU and NATO continue to attract countries along Russia's border with the promise of prosperity, security and democracy, the Kremlin's imperial grip will be threatened. It therefore seeks to divide Europe by creating relationships of dependency and domination - using energy supplies as its main weapons - in order to cement its own primacy. The Kremlin's strategic goal is nothing short of the Finlandisation of the entire continent.
Europe's response must be a blunt rejection of this effort and a renewed determination to complete the democratic unification of our continent. It must urgently consider the steps needed to blunt the Russian energy weapon and create the basis for a balanced relationship based on trade and diplomacy rather coercion and monopolistic control. It must reaffirm its belief in the right of every European nation to democratic self-determination by opening the doors of the EU and NATO to all European countries that meet the criteria and want to join.
Sceptics ask us to consider the risk of provoking further Russian hostility by extending the boundaries of Euro-Atlantic integration in this way. Very well, but let us also consider the risk of submitting to the intimidation and blackmail of a Russian government bent on undermining our most important European achievements. The imperial logic has a momentum of its own and success merely enlarges its appetite for more of the same. There is far more at stake now than the future of South Ossetia, or even Georgia. It is time we awoke to that fact.
Source: Libération